Toi, mon bébé prématuré

Toi, mon bébé prématuré.

Je crois qu’au delà de cette envie de vous faire découvrir un livre relatant du quotidien des familles touchées par la prématurité; j’avais besoin de vous parler d’un ouvrage, qui retracerait sincèrement ce qu’était le parcours d’un enfant touché par un RCIU (retard de croissance in utéro/intra utérin) et qui engendrait une prématurité.

Ce livre, c’est celui d’Alexandra Tressos-Le Dauphin qui nous raconte les premiers mois de vie de sa toute petite Elina, né à six mois de grossesse et qui pesant tout juste 570g. Elle nous conte avec émoi ce qu’elle a pu ressentir durant ce long parcours, laissant également les mots de son mari, ou des membres de sa famille, fuiter sur le papier,

RCIU (le retard de croissance intra-utérin), quatre lettres qui annoncent l’apocalypse. Quatre lettres dont je n’avais jamais entendu parler et qui allaient changer ma vie à jamais. Des moments complices, un travail stable, l’aventure de la maternité commence et alors qu’en apparence tout va bien, à l’intérieur de mon ventre, c’est le chaos. Un mal sourd ronge ma fille qui lutte contre un ennemi que sa propre mère a généré. Une naissance en urgence, un sentiment de culpabilité qui perdurera de longues années, l’angoisse d’une vie piégée entre l’ombre et la lumière. Le service de réanimation et ses incertitudes, ses bips incessants. L’étage de néonatologie plus calme, là où la vie reprend doucement ses droits. La sortie de l’hôpital et la peur imbibée en moi. 

Mais aujourd’hui, tu es une magnifique petite fille en pleine forme. Et je veux que notre histoire aide de nombreux autres parents à garder espoir

Avoir écris sur le retard de croissance a eu un effet libérateur pour moi. ( Je vous parle de mon propre parcours en trois grandes étapes ici, ici et ici ) Je me suis déchargée d’un poids que je n’arrivais pas à me défaire. Et lire ses maux à elle, me conforte dans l’idée même que je n’étais pas seule. Elle ecrit si bien sur le retard de croissance. Elle souhaite mobiliser les mères, futures mères et autre profesionnels de santé sur ce dysfonctionnement intra utérin. Car il est grave. Il concerne plus de 80 000 grossesses en France par an. Concernant dix pour cent des nouveaux nés, le RCIU reste la première cause de mortalité des bébés. Un enfant de faible poids à 22sa n’a rien d’anodin. Insistez pour avoir une échographie de contrôle si votre médecin/gynéchologue ou échographiste ne prend pas les choses au sérieux. J’ai la chance d’être tombée sur un échographiste qui m’a immédiatement parlé du RCIU. Qui m’a programmé des échographies de contrôles tous les 15 jours et qui m’a mise en relation avec l’hopital dans lequel je souhaitais accoucher, pour être suivi une fois par semaine pour des dopplers et des monitorings, puis tous les 15 jours, une très grossesse échographie de plus d’une heure et demi pour suivre la courbe de mon bébé. Mais combien n’ont pas cette chance. Chaque histoire est différente, je vous l’accorde. Sa fille pesait à 27sa, 570g tandis que la mienne faisait 590g à 26sa. Ma fille est née à huit mois de grossesse, pour un poids de 2k.

570 grammes. Un pronostic vital engagé mais la victoire sur la mort.
Hôpital Pellegrin, Bordeaux. Une petite fille de 570 grammes naît, prête à en découdre avec ce début de vie compliqué. À ses côtés dans ce combat, ses parents qui, jour après jour, viennent lui souffler leur amour au travers de sa maison artificielle

5 septembre, jour J

Je lis; sans pause. Les mots d’Alexandra sont forts. Ils prennent au corps. Et c’est dans l’élan de ma lecture que j’ai l’impression de lire un roman. C’est une fiction tout ça (?) Les mots résonnent dans ma tête. «  Hôpital Pellegrin, Bordeaux. Une petite fille de 570 grammes naît  » Ces mots sont durs. Ils font mal. Ils font peur. La boule au ventre, notre coeur est entre deux rives. Est ce que la vie peut cotoyer d’aussi près la mort ? Dans leur monde à eux; oui.

Le livre est écrit comme dans un journal. Elle relate les jours après sa naissance. Ses mots sont puissants, sincères et vifs. La grand mère d’Elina aussi a écris. On y pense peu et pourtant derrière la prématurité il n’y a pas que des parents. Il y a une meute entière. Une famille. Les quelques mots posés sur le papier de cette grand mère me donnent la larme à l’oeil, comme ceux écris le jour de sa naissance ;

Elina, ma toute petite fille. Tu es rentrée dans mon coeur à tout jamais. 570 grammes ! Un si petit poids. Bats-toi, ma petite puce, je t’aime tellement…

Le monde de la réanimation pédiatrique

Alexandra ne retient pas ses émotions quant à la manière dont elle parle de son expérience de parents de prématuré. J’apprécie cette franchise qui va au delà des mots d’Audrey Hepburn qui nous disait  » Le plus difficile dans la maternité, c’est cette inquiétude intérieure qu’on ne doit pas montrer  » Alexanra nous dit tout sur cette maternité chamboulée, prématurée, qui coupe l’herbe sous le pied sans qu’on ai eu le temps de s’y préparer. Et la violence de cette univers est-elle qu’il est nécessaire de trouver des livres qui témoignent de ce sujet. Que ce soit pour préparer les futures parents, pour aider ceux qui sont en plein dedans, ou pour aider les professionnels qui travaillent dedans à mieux comprendre ce que les familles de leurs petits patients peuvent ressentir.

Tu es dans une prison temporaire pour un crime que tu n’as pas commis, et je suis au parloir, à te chuchoter tout mon amour derrière la vitre de ta couveuse qui nous sépare.

Je ne vous résumerai pas ce bouquin. Ce n’est pas le but de cet article. Car il ne suffit pas de lire une synthèse pour en comprendre son contenu. L’émotion qui se dégage de ce livre est à prendre en plein coeur. Je ne vous volerai pas cet instant. Je vous invite à le lire. Puis en parler, le préter, le déposer dans des points de « lecture » qui sont parfois dans les rues. A l’oublier sur la table d’un café. En bref, c’est un livre à partager, à transmettre.

Une réflexion sur “Toi, mon bébé prématuré

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