♡ Ma douce césarienne

Capture d_écran 2018-08-12 à 23.07.55

Il m’aura fallut plusieurs semaines pour prendre le recul nécessaire d’être la plus objective possible. Un recul indispensable pour en faire un bon souvenir. Un souvenir doux et tendre à la fois.. Il est vrai que ma grossesse n’a absolument pas été simple. Bien que cet ouragan ai bouleversé notre vie , la pose du diagnostic du « rciu » n’a pas été très bien digérée. Sa prise en charge non plus d’ailleurs. J’ai d’abord voulu encaisser cette naissance. Comprendre mes maux avant d’y mettre les bons mots..

Vendredi 20 juillet 2018 ; 27 jours trop tôt.

Je me suis rendue à la maternité ce matin-là, car je suspectais une fissure de la poche des eaux. Mon homme m’a déposé devant la maternité aux alentours de 9h30. Un monitoring de 2h, un doppler et un test urinaire plus tard, et voila que les sages femmes me disent qu’il ne s’agit alors que de pertes normales (glamour..) très liquides.

C’est au moment de repartir, qu’une première sage femme est venue me refaire une prise de sang complète pour surveiller la pré-éclampsie pour laquelle j’étais suivie depuis plusieurs mois déjà. Une seconde sage femme est venue me voir, pour me dire que le lendemain matin, je devais revenir faire un monitoring, parce que mon p’tit citron ne bougeait pas beaucoup. Au vu du retard de croissance pour lequel j’étais suivie, mon bébé était censé avoir la place de bouger encore pas mal.. il était donc évidemment préférable que je revienne faire un tour aux urgences dès le lendemain matin.

Samedi 21 juillet 2018 ; 26 jours trop tôt.

Je quitte la maison de bonne humeur. Aucune appréhension n’effleure mon esprit, bien que mon p’tit citron n’ai pas bougé de toute la nuit, jusqu’au petit matin. Je fais un bisou à mes deux hommes et je quitte ma petite maison, en compagnie de ma maman. Arrivée sur place et un monitoring plus tard.. toujours aucun mouvement. Je savais que la réduction des mouvements fœtaux était un signal d’alerte pour les bébés rciu ! Après de nombreuses consultations, le médecin et chef de service consultent mon dossier de A à Z et décident qu’il serait peut-être préférable de déclencher. Il est 11h et je tombe des nues. Je ne m’attendais absolument pas à cette prise de décision. Rien n’était prévu pour mon aîné. Ma belle-mère devait venir quelques jours plus tard pour prendre la relève avec mon fils si le travail devait se mettre en route la nuit.

Ma mère me laisse donc à la maternité, et part récupérer mon petit bonhomme qui l’attendait chez moi. Mon homme m’a rejoint dans la foulée.

On me pose la perfusion, après me l’avoir loupé 2 fois.. Le déclenchement est lancé vers 13h30 avec la pose du ballonnet – il s’agit d’un petit ballon qu’on met dans l’utérus et qu’on va venir remplir d’eau.. en appuyant sur le col il va créer des contractions de manière mécanique – En parallèle de cette procédure les sages femmes me cherchent une chambre pour que je puisse me détendre, me laver, et installer mes affaires.. puisque la prochaine fois que je quitterai la maternité, je serai avec mon petit citron. Mais aucune chambre n’est libre pour le moment.
Je reste donc dans une pièce de consultation des urgences toute neuve, au milieu de laquelle trône un tout nouveau lit, très confortable. Mon homme me rejoint sur les coups de midi, toujours ouverte à un doigt large. La mise en route s’annonce extrêmement long. La journée passe et le travail n’avance pas. Mon conjoint me laisse donc pour la nuit pour pouvoir s’occuper de notre petit garçon et le perturber le moins possible. Il est 19h. Il en profitera pour passer une bonne nuit de sommeil. Car c’est certain, dimanche sera le jour de la naissance de mon deuxième bijou.

Les contractions ont commencé à pointer leur bout de nez dès son départ. Elles ont tout de suite commencé à être douloureuses. Au même moment – et heureusement – une chambre se libère dans le service de grossesse à haut risque, j’en profite pour me doucher et me détendre. Mais les contractions font vraiment très mal. Jusqu’à 3h du matin, j’en souffre, j’en pleure.. je me lave aussi.. une fois, deux fois, dix fois.. les douleurs sont bien trop insupportables.. Je savais qu’un déclenchement était plus douloureux qu’une mise en travail naturelle.. mais pas à ce point.

Dimanche 22 juillet, 25 jours trop tôt.

Vers 4h du matin on décide de me transférer de nouveau aux urgences, au plus près des salles de travail malgré mon petit col ouvert à seulement deux doigts très larges car les contractions sont insoutenables. Je me demande même si on peut mourir d’une telle douleur. D’ailleurs si je devais revivre cette période de contractions douloureuses.. je pense que j’appellerai mon conjoint en soutien. A trop vouloir ne pas perturber mon fils, je me suis totalement mise de côté. En attendant, je fais du ballon, et décide de marcher plusieurs heures dans la maternité.

A 5h du matin je retourne dans ma petite chambre de pré-travail aux urgences. On m’ausculte. Ça n’a pas bougé. Je désespère. Je crois mourir à chaque contraction.. et ça n’avance pas. A ce moment là, on décide de m’enlever le ballonnet, puisque je le perds à force d’enchaîner les contractions. Les sages femmes décident de laisser tranquille mon petit col le temps d’une bonne heure.. car les contractions s’y sont immédiatement atténuées. J’en profite donc pour dormir. 

À 6h du matin on me passe en salle de travail pour me poser la péridurale puisque la prochaine étape du déclenchement, est la mise en place d’ocytocine dans la perfusion.
Je suis donc en salle de naissance, souriante, déterminée et motivée en compagnie d’une sage femme qui s’appelle Emma. La péridurale posée j’appelle mon homme pour lui dire de me rejoindre tranquillement vers 8h30. C’est mon papa qui prendra la relève avec mon fils. L’anesthésiste présent dans le service me lance une blague, me disant qu’il me reverrait sûrement après.. que je suis la seule maman qui accouche ce matin-là. Je lui réponds avec humour que j’espérais ne pas le revoir aussitôt.

8h30 mon homme est là.. le p’tit citron lui ne bouge toujours pas (depuis 48h..) même si les monitoring et les dopplers sont bons. J’ai des contractions de plus en plus régulières mais mon col ne se modifie pas. On décide donc d’accélérer le travail vers 11h en voulant me rompre la poche des eaux.

Seulement voilà, mon bébé est encore très haut. Le risque premier est qu’en descendant d’un coup le cordon ombilical passe devant, ce qui est très dangereux puisque cela voudrait dire qu’en passant par voie basse, le bébé écraserait son cordon et couperait son apport en oxygène (risque que nous n’avons pas tellement envie de prendre..). Mais mon bébé ne bouge pas depuis bien trop longtemps. Et le risque premier pour ces bébés rciu est qu’il échange ses flux coeur-cerveau (je vous en parle dans la deuxième partie du billet sur le retard de croissance) et qu’il décéde dans mon ventre.
On décide donc de rompre tout de même sous haute surveillance pour me laisser une chance d’accoucher par voie basse. Les sages femmes sont équipées d’un appareil pour faire des échographies « mobiles » pour suivre en direct la descente de bébé. Quand.. malchance.. ce n’est pas le cordon qui passe devant mais l’épaule. Ce qui veut dire par déduction, que mon p’tit citron vient de se positionner en transverse.

A ce moment là je comprends. Je comprends très bien ce qu’il va se passer. Je comprends qu’un accouchement en transverse n’est pas envisageable.. je comprends que ce qui m’attends c’est la césarienne. Je comprends que je ne vivrais pas ce bonheur de découvrir le sexe comme je me l’étais imaginé dans mon esprit… Le chef de service vient nous voir, refait l’écho lui même pour être sûr.. ainsi que l’auscultation.. c’est confirmé. Il essaie tout de même de faire une version pour retourner bébé.. mais rien n’y fait, mon p’tit citron a décidé qu’il ne prendrait pas la direction de la voie basse.

C’est parti pour la césarienne.

En quelques minutes.. la salle de remplie. On appelle les anesthésistes, les sages femmes, auxiliaires et autre médecins.. et on me prépare pour la césarienne.. Un doux sourire se dessine sur mon visage lorsque je vois franchir les portes de ma salle d’accouchement l’anesthésiste de tout à l’heure. Il savait que j’allais le revoir. Vilain va :) Il me sourit, et son « je le savais » me conforte finalement.

Arrivée dans le couloir, on dit à mon homme qu’il va devoir attendre dans une autre pièce que bébé arrive. C’est l’incompréhension totale. On m’avait dit que si ce n‘était pas une urgence il pourrait y assister. Et ce n’était pas une urgence !

Je m’effondre. Je m’effondre littéralement.. de nerf, de douleur, de fatigue et de déception. Les anesthésistes présents viennent me voir et me demandent pourquoi est-ce que je me mets dans cet état là.. et je leur explique donc clairement que nous ne connaissions pas le sexe de bébé.. que le découvrir à une pièce interposée ce n’était pas du tout au programme.. qu’attendre neuf huit mois pour ça.. ben franchement c’était nul. J’avais déjà eu une grossesse merdique.. c’était le pompon sur la Garonne.

Et mon brancard reprend la direction du bloc opératoire. Et voilà que ce même anesthésiste me glisse à l’oreille, avec la douceur la plus intense, que mon homme est actuellement en train de se préparer et qu’il va me rejoindre. Qu’il comprenait tout à fait notre demande. Ce fut un énorme soulagement. Je remercie cet homme, tellement humain, tellement gentil.. qui a su comprendre ma demande, ma peur et ma déception ! Et qui a surtout compris l’importance pour un papa d’être présent auprès de sa femme et de son enfant.

Je n’allais pas être seule. Moi qui n’avait jamais été opérée, et qui ne supportait pas vivre quelque chose sans lui.. sans ma moitié, je n’allais pas être seule. Arrivée dans cette immense salle blanche.. le médecin me demande si je souhaite écouter une musique en particulier pour me détendre. Je leur dis que ça m’était complètement égal.

Me voilà branchée de partout; une couverture chauffante sur moi et mon homme à mes côtes.La pièce est remplie de sage-femmes, d’anesthésistes, de médecins.. et pour cause, tous nous disent qu’ils adorent participer à un accouchement lorsque les parents ne connaissent pas le sexe de bébé. Tout en sachant que j’étais la seule à accoucher ce matin-là. Ça y est c’est parti. Cette sensation est folle. Folle d’amour, folle de doute, folle de peur, folle d’excitation..
J’ai tout ressenti sans la moindre douleur. En quelques minutes notre enfant était né. Et c’est sur la chanson « Hymn for the weekend » de Coldplay que mon p’tit citron a décidé d’arriver.

On nous l’amène de l’autre côté du champ et nous découvrons le sexe avec mon conjoint de manière rapide mais tellement intime. Une petite fille. La douceur d’une rosée du matin. Comme un oiseau qui viendrait se poser sur une branche, elle est venue réconforter mon inquiétude profonde qui a plombé ma grossesse. Il est 11h33 et tout le personnel présent dans la pièce avec nous, souhaite en choeur la bienvenue à notre petite fleur. Au milieu de cette pièce froide et blanche s’est dégageait une athmosphère très chaleureuse, convivial et tellement attendrissante. Je garde un merveilleux souvenir de cet instant précis. Quelle merveilleuse accueille dans ce monde.

La libération.

Mon homme part avec elle tandis que moi je reste là.. allongée sur cette table.. et je pleure. Je pleure parce que cette grossesse prenait fin. Je pleure parce que ma fille était vivante après des mois et des mois à nous répéter qu’elle pouvait mourir à tout moment. Je pleure parce que c’était fini. Cette boule de nerf, de stress.. d’angoisse disparaissait au même titre que ce placenta qui quittait mon corps. Je pleure parce que finalement.. j’étais arrivée à bout de cette maudite grossesse. Une fois terminée on me conduit en salle de réveil pendant 3h30. Avant cela on prend tout de même le temps de me poser ma puce dans les bras quelques instants le temps de l’inonder de bisous. Je ne vous raconte pas ma joie lorsque je les ai rejoint tous les deux.. dans ma petite chambre de suite de couche. Notre vie à quatre pouvait enfin commencer. Un article sur la troisième et dernière partie concernant le retard de croissance va arriver très vite. 

Capture d’écran 2018-08-12 à 23.15.06.png

– – – 

Pour conclure ce récit, j’avais écrit un texte totalement décevant, culpabilisant.. ne laissant émerger qu’un très mauvais souvenir à cette naissance. C’était au retour de la maternité. Aujourd’hui, cela fait 3 semaines que j’ai mise au monde mon bébé et je trouve déjà que mon discours change doucement. Bien que ce yoyo de sentiment planera toujours au dessus de cette naissance je pense. Je n’ai pas « accoucher » ce jour là. Je ne sais pas si j’arriverai d’ailleurs un jour à utiliser ce terme pour parler de sa naissance. Je l’ai mise au monde. Est-ce qu’un jour nous arriverons à sauter le pas sur une troisième grossesse..? Entre le diagnostic du pied bot pour notre petit panda bien que mon accouchement fut un réel bonheur, et le retard de croissance pour notre petit citron.. nous sommes pour le moment déjà bien vacciné. L’avenir nous le dira. En attendant, d’autres projets qui nous tiennent à coeur vont venir adoucir notre quotidien familial.

– – –

Ma fille – 2,240kg d’amour.

6 réflexions sur “♡ Ma douce césarienne

  1. Quel doux récit, que j’aime lire les accouchements quand ils sont si bien écrits !
    Bienvenue au monde à votre jolie petite fille (tu continuera à l’appeler P’tit citron ?) , félicitation à vous et que tout le monde se porte bien surtout <3 .

    Aimé par 1 personne

Qu'en pensez vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s