Quand papa n’est pas toujours là

Un soir pas si différent des autres,

C’est assise sur ma vieille chaise chinée en vide grenier, devant mon bureau en marqueterie, à boire ma tisane, que je passe ma soirée. Le p’tit panda est au lit, et le chéri n’est pas là. Comme beaucoup d’autres soirs d’ailleurs. Être femme de Pompier de Paris n’offre en rien un quotidien ordinaire.

Voilà plusieurs semaines que je souhaitais écrire à ce sujet.. mettre des mots sur un quotidien « vide ». Alors, ce soir, j’ai eu envie de me lancer. Même si aujourd’hui la cadence est beaucoup moins soutenue, les gardes rythment tout de même notre quotidien.

J’ai toujours voulu être Pompier,

Quand j’avais 14 ans je me suis rapprochée de la caserne la plus proche de chez moi, pour pouvoir intégrer les JSP (jeunes sapeurs pompiers). A l’époque, on m’a tout de suite dit que je n’atteindrais jamais la taille requise pour devenir pompier (à l’époque, la réglementation disait qu’une femme pompier devait faire 1m60 minimum). Aujourd’hui je fais 1m50. J’ai donc du mettre de côté mon plus grand rêve. Mais c’est avec bonheur que j’ai fait découvrir ma passion à mon chéri alors qu’il se questionnait sur son avenir. Il a réussi les tests d’entrée, puis est entré en formation, au fort de Villeneuve Saint Georges durant six mois.

Six mois à ne le voir que les week-end, six mois à le soutenir d’arrache pied. Six mois à le voir changer, mentalement, physiquement, à le voir évoluer. Et voilà bientôt trois ans que mon conjoint est Sapeur Pompier de Paris, basé en plein centre de Paris.

IMG_20150131_232919_Fotor

 

 

Avant que le p’tit panda arrive,

Nous avons la chance d’habiter en région parisienne, ce qui nous permet de nous voir durant tous ses repos. Ce qui n’est pas toujours le cas pour ses collègues basés en province (80% des pompiers de Paris, viennent de province; on les appelle les « pompiers TGV ») et qui, lors d’un repos 24 n’ont pas toujours la chance de rentrer. Certains restent même plusieurs semaines en caserne (oui oui c’est possible!).

N’avoir personne a qui raconter sa journée, personne avec qui se blottir dans le lit si un frisson vous envahit. Personne avec qui partager un café le matin avant une journée mouvementée. Personne. Vous êtes seule. Et on aura beau dire, mais être femme de Pompier de Paris c’est se retrouver seule plus des trois quart de la semaine. Parce que c’est avoir un conjoint qui a des gardes de 24h (très rare), 48h (plus courant) ou 72h. Et attendez-vous à ce qu’il enchaine des gardes 48h avec une « réserve » (cela veut dire qu’il travaille un jour de plus, mais qu’il finira vers 18h). Ce qui nous sauve ce sont les temps de repos, parce qu’il arrive que le chéri soit à la maison durant 2 ou 4 jours d’affilés.

C’est en ça, que nous avions la certitude de prendre un animal de compagnie. Et nous avons croisé la route de Litchi. Il est si important dans ma vie, tant il a comblé pendant longtemps un vide. C’est mon compagnon de tous les jours.

 

  • Alors imaginer un enfant au milieu de ce vide constant n’était pas une mince affaire; bien qu’il fût une évidence. 

Durant la grossesse, vous n’êtes pas sans savoir qu’on avait décelé une malformation à mon petit garçon. Une malformation qui m’a littéralement replongé dans ma propre enfance. Nous avons donc du prendre une décision assez difficile. Celle qui permettrait au chéri d’avoir beaucoup moins de garde, pour pouvoir m’épauler au quotidien avec tout ce qu’incombe cette malformation (kinésithérapie plusieurs fois par semaine, port d’attèles, aller et retour à l’hôpital, opérations…). Il a donc été transféré au fort de Villeneuve Saint George, dans les services, tout en continuant à prendre des gardes feu et VSAV de temps en temps.

Le p’tit panda quant à lui est né; les pieds parfaits; à notre plus grande surprise (et celle du personnel qui était préparé à la prise en charge immédiate de notre fils). Mais mon conjoint ne peut pas revenir en compagnie d’incendie. Il était donc bloqué durant deux ans dans les services.
Aujourd’hui il a des gardes plusieurs fois par semaine, mais ne décale plus au feu (pour son plus grand malheur.. je sais qu’il ne le dit pas, qu’il ne le montre pas.. mais tout ceci lui manque affreusement.)

 

Capture d_écran 2017-06-20 à 22_Fotor

 

  • Mais comment faire comprendre à son enfant que papa est parti en garde pour plusieurs jours. Que la routine est cassée. Que ses bisous ne seront pas au rendez-vous. 

C’est pourquoi, la mise en place de rituels est très importante pour moi. Je veux que mon p’tit panda ai des habitudes constantes. Que seule l’absence de son père se fasse remarquer. Que jamais je ne dérogerai à la lecture du soir ou au bain à deux..

Et je sais pertinemment que dans un peu moins d’un an et demi maintenant, le chéri retournera en compagnie. La femme du pompier que je suis, est fière de le laisser partir plusieurs jours pour sauver des vies; parce qu’avant d’être son métier, c’est ma passion. Mais la mère que je suis, doit subvenir deux fois plus aux besoins de son enfant. Et je sais pertinemment qu’il ne loupe jamais une seule de mes parutions, alors mon chéri, « je ne veux pas que tu te prives de retourner au feu juste pour ta vie de famille. Ton plaisir est aussi important que nous ! Alors avant la fin de ton contrat, lorsque tu devras prendre la décision de rester dans les services ou de repartir en compagnie.. je t’en prie; repars ! Fonce, on a qu’une vie ! Va vers l’adrénaline que tu aimais tant, vers le stress intense que tu as lorsque tu es devant un feu (un peu comme ton feu de péniche!!). Je veux revoir tes yeux briller lorsque tu me racontais une intervention; quelle qu’elle soit. » 

Parce que si il y a bien une chose qui a changé depuis qu’il est dans les services c’est sa peur de la « vie ». Il est sans cesse en train de voir ses interventions passées (la plus part sur des bébés) lorsqu’il s’occupe de notre fils. Il le surprotège sans cesse.. Il ne se laisse pas l’autorisation de vivre pleinement. Il est sans cesse dans une peur de la mort. Si si doudou, je t’assure que c’est vrai ! Alors que lorsqu’il était en compagnie, il ne prenait pas la vie de ce côté là. C’était même le premier à prendre des risques complètement débile.

Capture d_écran 2017-06-23 à 10_Fotor

 

On joue au pompier, comme papa

Quand papa n’est pas là, c’est faire deux fois plus de bisous que d’habitude parce que le p’tit panda est dix fois plus irritable que les autres jours, comme si il ressentait littéralement cette absence. C’est ne pas pouvoir déléguer. Ne pas pouvoir se reposer si il a une poussée de fièvre ou un mal de dents.. C’est parfois même oublier de manger quand le p’tit panda est au lit le soir, tellement on est rincée de la journée.

Quand papa n’est pas là c’est savoir être un pompier à toi seule si quelque chose arrive à ton p’tit loup. Le week-end dernier, mon fils s’est étouffé. Oui oui, le vrai étouffement qui fait chavirer ton coeur de maman, qui voit son fils devenir bleu, et lire dans ses yeux une panique monstre. Et bien heureusement que je connaissais les gestes de premiers secours (que mon conjoint me réapprend très très souvent)..

Quand papa n’est pas là, c’est savoir se débrouiller seule. Que ce soit pour les rendez-vous médicaux, pour gérer des papiers importants, pour faire les courses.. bref une vraie vie de maman solo (que j’admire tant!!)

Alors en attendant, mon fils a des jouets sur les pompiers. J’essai de lui expliquer avec des mots simples que papa c’est comme le camion de pompier. Mais ce n’est pas simple de faire comprendre à un enfant de (bientôt) 9 mois pourquoi son papa n’est pas toujours là. Alors même si nous avons l’habitude de faire des appels vidéos; ça ne remplace pas non plus son papa. 

Quand il grandira un peu plus, nous lierons des livres sur ce sujet ensemble, j’essayerai de lui faire comprendre du mieux que je peux, que malgré son absence, papa l’aime plus que tout. Et quand il retournera en compagnie, nous irons dans sa caserne, pour qu’il mette des images réelles sur tout ça.

 

En attendant, je vous souhaite une très belle journée.
Profitez de vos proches autant que possible.
Des bisous mes chouquettes ⁂

 

13 réflexions sur “Quand papa n’est pas toujours là

  1. Un quotidien effectivement pas facile, mais ton approche des choses est très belle puisqu’elle se base sur l’épanouissement de chacun d’entre vous. Vous saurez j’en suis sûre organiser vos vies en conséquences, pour vous enrichir de cette situation.

    Aimé par 1 personne

    • Merci <3 ⁂ Oui je pense que c'est important que chacun s'épanouisse. Même si je sais que lorsque son contrat sera rompu c'est moi qui fait me lancer dans les gardes, parce que j'aimerai travailler entant qu'auxiliaire de puériculture (je passe mon concours très bientôt) dans une maternité ;)

      Des bisous ma douce !

      J'aime

  2. Comme cet article me parle ! Mon conjoint part régulièrement en déplacement (même si c’est de moins en moins) et ces jours / semaines sont toujours compliquées et pour moi et pour les enfants ! Mais ils ont toujours compris et ne lui en ont jamais voulu… Tant qu’il y a de l’amour et de l’échange, ils s’adaptent !

    Je crois que nous le vivons finalement moins bien qu’eux !

    Bonne journée

    Virginie

    Aimé par 1 personne

    • Oh oui j’ai connu ça avec mon papa qui partait 2-3 jours par semaine pendant des années. Et quand il était pas en déplacement, il faisait du 5h-20h30.. alors je connais ça.. Je ne pourrais pas dire que je l’ai mal vécu parce que grâce à lui nous avons pu partir en vacances !
      C’est pour ça que rester à la maison, est un équilibre qui me correspond. Mais c’est certain, que nous le vivons moins bien qu’eux :)

      Des bisous ma jolie Virginie :)

      Aimé par 1 personne

  3. Pas facile ce quotidien sans papa, mais vous avez l’air de bien vous en sortir. C’est beau d’exercer sa passion et je lui souhaite qu’il vive de belles interventions.

    Pour l’etouffement de ton fils… 😱😱😱 Je connais les gestes de premier secours et d’ailleurs il va falloir que j’entraine mon homme au cas où. J’espère que ça a été. ❤️

    Aimé par 1 personne

  4. Tu sais qu’au delà du sujet de l’article tu m’as énormément touchée ma douce. Alors avant toute chose je vais te dire : ton petit panda peut être fier de ses parents. Un papa qui sauve des vies, qui a choisi de servir les autres parfois au détriment de sa propre vie, une maman adorable qui je sais lui donnera de belles valeurs.

    Pour revenir au sujet, je pense que cette situation ne doit pas être facile, que ç soit pour toi ou pour le bébé. Ici le papa est toujours là le soir mais le jours où il arrive plus tard, les jours où il n’est pas là pour le rituel du soir je vois bien que Monsieur bébé n’est pas le même, qu’il pleure.

    je t’embrasse.

    J'aime

  5. Pingback: Zen / Homéopathie et terreurs nocturnes | Petit bout de lui

Qu'en pensez vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s